Une douleur dans le pli de l'aine qui revient à chaque sprint ou frappe : chez le footballeur, on parle souvent de « pubalgie ». Ce mot recouvre plusieurs causes, que seul le médecin peut distinguer. La rééducation repose surtout sur un renforcement progressif, qui peut aussi aider à prévenir ces douleurs.
Que recouvre le mot « pubalgie » ?
« Pubalgie » signifie littéralement « douleur du pubis ». Le mot désigne une douleur de l'aine, entre le bas du ventre et le haut de la cuisse. Ce n'est pas un diagnostic précis : plusieurs structures peuvent être en cause.
En 2014, 24 médecins, chirurgiens et kinésithérapeutes de 14 pays se sont réunis à Doha (Qatar). Leur accord, publié en 2015 dans le British Journal of Sports Medicine, préfère parler de « douleur de l'aine du sportif » et déconseille des termes imprécis, comme « pubalgie du sportif ».
La classification de l'accord de Doha
Fondée sur l'interrogatoire et l'examen, elle distingue trois catégories :
- quatre entités cliniques : la douleur liée aux adducteurs (les muscles de l'intérieur de la cuisse), au psoas (un muscle qui fléchit la hanche), au canal inguinal (un passage dans la paroi du bas du ventre) ou au pubis ;
- la douleur liée à la hanche, à toujours envisager ;
- les autres causes.
À l'examen, la douleur liée aux adducteurs se réveille quand on appuie sur ces muscles et quand on serre les jambes contre une résistance. Celle liée au canal inguinal augmente souvent avec la toux ou la contraction des abdominaux.
Quels sports sont les plus exposés ?
Ces douleurs sont fréquentes dans les sports qui associent course, frappes et changements de direction, comme le football ou le hockey. Dans le football de club, l'aine représente 4 à 19 % des blessures chez les hommes et 2 à 14 % chez les femmes. Une ancienne blessure de l'aine, un niveau de jeu élevé et des adducteurs moins forts sont associés à un risque accru.
Pourquoi le diagnostic revient-il au médecin ?
L'accord de Doha demande de rester attentif à d'autres causes, qui peuvent donner une douleur au même endroit :
- une hernie inguinale ou crurale, quand une partie du contenu du ventre passe à travers la paroi ;
- un nerf comprimé, ou une douleur venue du bas du dos ;
- une fracture de fatigue, par exemple du col du fémur ;
- chez l'enfant et l'adolescent, certaines maladies de la hanche ;
- des causes urinaires (infection, prostatite, calcul rénal), digestives (appendicite) ou gynécologiques ;
- plus rarement, une tumeur, par exemple du testicule.
Le médecin vous examine, au-delà des seuls muscles, et décide si des examens sont utiles. L'IRM (imagerie par résonance magnétique) n'est pas toujours décisive : des anomalies sont fréquentes chez des sportifs qui n'ont pas mal.
Comment soigner une douleur à l'aine ?
Le traitement dépend de la cause. Il est surtout non chirurgical, et la kinésithérapie se fait sur prescription médicale. Une opération se discute parfois pour les douleurs liées au canal inguinal.
Le renforcement progressif
Un essai danois publié en 1999 dans The Lancet a inclus 68 sportifs qui avaient mal aux adducteurs depuis longtemps. Tirés au sort, ils ont suivi pendant 8 à 12 semaines soit un entraînement actif, pour renforcer et coordonner les muscles autour du bassin, surtout les adducteurs et les abdominaux, soit des soins sans exercices actifs (étirements, massages, appareils). Au bilan, 4 mois après le traitement, 23 sportifs du premier groupe avaient repris leur sport au même niveau sans plus avoir mal à l'aine, contre 4 dans le second.
Une revue Cochrane (synthèse des essais publiés) parue en 2013 juge toutefois ces preuves de faible qualité. Un autre essai n'a pas montré d'écart net avec un traitement associant chaleur, thérapie manuelle et étirements. Le kinésithérapeute dose les exercices et les fait progresser selon vos symptômes.
Une reprise par étapes
La reprise se décide sur des critères plutôt qu'à date fixe. Une étude menée au Qatar a suivi 81 sportifs après une blessure aiguë (brutale) des adducteurs. La douleur ne devait pas dépasser 2 sur 10 pendant les exercices, et le retour suivait trois étapes :
- ne plus avoir mal à l'examen, au renforcement et aux sprints en ligne droite ;
- réussir un entraînement encadré sur le terrain (changements de direction, sauts, frappes) sans réveiller la douleur ;
- reprendre l'entraînement collectif.
Les sportifs les moins touchés l'ont repris en 3 semaines environ, la plupart de ceux qui avaient une rupture complète en moins de 3 mois. Dans l'année, 5 % de ceux qui avaient franchi la première étape se sont reblessés, contre 21 % des autres. Cette étude, menée chez des hommes, n'avait pas de groupe de comparaison. Voyez notre article reprendre le sport après une blessure.
Peut-on prévenir la pubalgie ?
En partie. Un essai publié en 2019 dans le British Journal of Sports Medicine a suivi 652 joueurs de 35 équipes masculines semi-professionnelles de football, en Norvège. Les 18 équipes du groupe prévention ont ajouté un seul exercice, l'exercice de Copenhague pour les adducteurs ; les 17 autres se sont entraînées comme d'habitude.
En quoi consiste l'exercice de Copenhague ?
C'est un gainage sur le côté : en appui sur l'avant-bras, la jambe du dessus posée sur un banc ou tenue par un partenaire, on monte la jambe du dessous jusqu'à celle du dessus. Il se fait des deux côtés. L'essai prévoyait trois niveaux : les joueurs commençaient par le plus difficile et descendaient d'un niveau si la douleur dépassait 3 sur 10. Il était pratiqué 3 fois par semaine en avant-saison (6 à 8 semaines), puis 1 fois par semaine pendant les 28 semaines de la saison, en moins de 5 minutes.
Pendant la saison, en moyenne 13,5 % des joueurs du groupe prévention signalaient chaque semaine un problème à l'aine, contre 21,3 % dans l'autre groupe : un risque inférieur de 41 %. Pour les problèmes plus importants, la différence n'était pas significative (elle pouvait être due au hasard). L'essai ne portait que sur des hommes, qui déclaraient eux-mêmes leurs problèmes. Apprenez l'exercice avec un professionnel, et voyez notre article sur la prévention des blessures et l'échauffement.
Quand consulter ?
Consultez votre médecin traitant si une douleur de l'aine persiste, revient à chaque séance ou vous empêche de jouer. Consultez rapidement si vous remarquez :
- une boule ou un gonflement dans l'aine ou, chez l'homme, dans les bourses ;
- de la fièvre ou des frissons ;
- une douleur la nuit ou au repos ;
- des troubles urinaires (brûlures, envies fréquentes, sang dans les urines) ;
- une douleur après un choc ou une chute, ou une difficulté à marcher ;
- chez l'enfant ou l'adolescent, une douleur de l'aine avec une boiterie ;
- chez la femme, une douleur du bas du ventre avec des pertes ou des saignements inhabituels.
Attention : une boule à l'aine qui ne rentre plus, de plus en plus douloureuse et sensible au toucher, surtout avec des nausées ou des vomissements, peut traduire une hernie étranglée. C'est une urgence.
En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).
Au cabinet CR Santé
Au cabinet CR Santé, au centre de Grasse, la kinésithérapie du sport se fait sur prescription médicale, avec carte Vitale et tiers payant. Nicolas Rossi, masseur-kinésithérapeute, est responsable de la kinésithérapie (« head physio ») de l'AS Cannes, club de football ; le sport et le football font partie de ses domaines de pratique. Le plateau technique, utilisé quand il est indiqué, comprend un espace de cardio-training et de musculation. Pour en savoir plus, consultez la page sur la kinésithérapie du sport.
Questions fréquentes
La pubalgie est-elle une hernie ?+
Pas forcément. Une hernie inguinale forme le plus souvent une boule indolore dans le pli de l'aine. Dans la douleur liée au canal inguinal décrite par l'accord de Doha, aucune hernie n'est palpable. Seul le médecin peut faire la différence.
Combien de temps dure la rééducation ?+
Cela dépend de la cause et de la gravité. Dans un essai mené chez des sportifs qui avaient mal depuis longtemps, le programme d'exercices durait 8 à 12 semaines. Dans une étude sur les blessures aiguës des adducteurs, la reprise de l'entraînement collectif a pris environ 3 semaines pour les lésions les moins graves, et moins de 3 mois pour la plupart des ruptures complètes.
L'exercice de Copenhague suffit-il à éviter une pubalgie ?+
Non, il ne supprime pas le risque. Dans un essai mené chez des footballeurs semi-professionnels, il a réduit de 41 % le risque de signaler un problème à l'aine. Apprenez-le avec un professionnel, qui choisira le niveau adapté.
Sources
- Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes, British Journal of Sports Medicine, 2015 (nouvel onglet)
- The Adductor Strengthening Programme prevents groin problems among male football players: a cluster-randomised controlled trial, British Journal of Sports Medicine, 2019 (nouvel onglet)
- Effectiveness of active physical training as treatment for long-standing adductor-related groin pain in athletes: randomised trial, The Lancet, 1999 (nouvel onglet)
- Traitement conservateur de la douleur à l'aine liée à l'exercice, Cochrane, 2013 (nouvel onglet)
- Return to Sport After Criteria-Based Rehabilitation of Acute Adductor Injuries in Male Athletes: A Prospective Cohort Study, Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2020 (nouvel onglet)
- Les faits en bref : Hernie inguinale, Manuels MSD pour le grand public, 2026 (nouvel onglet)
Article d'information générale, rédigé à partir des sources citées : il ne remplace pas l'avis de votre médecin ni une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).



