Après une blessure, une question revient vite : quand pourrai-je reprendre ? La réponse tient moins à une date qu'à des critères : douleur, mobilité, force, tests et confiance. Voici les repères tirés des études et des recommandations, pour revenir par étapes avec l'accord de votre médecin.
La reprise du sport, un chemin en trois étapes
La reprise ne se décide pas d'un coup, à la fin de la rééducation. La déclaration de consensus de Berne, publiée en 2016 dans le British Journal of Sports Medicine, décrit plutôt un continuum (une progression continue), parallèle à la rééducation. Elle distingue trois étapes :
- le retour à la participation : vous êtes de nouveau actif (rééducation, entraînement, voire votre sport en dessous de votre objectif), sans être encore prêt sur le plan médical, physique ou psychologique ;
- le retour au sport : vous avez repris votre sport, sans avoir retrouvé le niveau souhaité ;
- le retour à la performance : vous avez retrouvé votre niveau d'avant la blessure, ou au-delà.
Pour certains sportifs, la deuxième étape suffit : c'est alors une reprise réussie. Toutes les étapes ne sont pas toujours franchies. Après une reconstruction du ligament croisé antérieur (LCA), un ligament situé au centre du genou, une synthèse de 69 études a porté sur 7 556 patients. En moyenne, 81 % reprenaient un sport, 65 % leur niveau d'avant et 55 % la compétition.
Qui décide de la reprise ?
Selon la déclaration de Berne, la décision se partage entre vous, votre médecin, votre kinésithérapeute et, selon les cas, votre entraîneur ou vos parents. Une exception : en cas de risque pour votre santé, le soignant peut devoir vous écarter du sport.
Quels critères pour revenir ?
Ni la date seule ni un test isolé ne suffisent : selon la déclaration de Berne, la décision doit s'appuyer sur un ensemble de tests. Les critères habituels, comparés si possible au côté non blessé, sont :
- la douleur : absente, ou faible et stable selon la blessure ;
- le gonflement : l'articulation doit être « sèche », sans épanchement (accumulation de liquide) ;
- la mobilité : complète, ou suffisante pour les gestes de votre sport ;
- la force : proche de celle du côté sain ;
- les tests fonctionnels : sauts sur une jambe, exercices proches de votre sport ;
- la confiance : vous sentir prêt, sans appréhension qui vous freine.
En France, l'Assurance Maladie indique qu'après une déchirure musculaire, la reprise n'est possible que sur avis médical et après cicatrisation complète : mobilité complète, force redevenue normale, plus aucune douleur. Après une ligamentoplastie (l'opération qui reconstruit le LCA), la Haute Autorité de santé (HAS) prévoit notamment la reprise des sports individuels selon les consignes du chirurgien. Le genou doit alors être sec, stable et indolore, avec une mobilité fonctionnelle et une force récupérée.
L'exemple du ligament croisé antérieur
Une étude menée en Norvège et publiée en 2016 a suivi pendant 2 ans 106 patients opérés du LCA qui pratiquaient des sports avec pivot (football, handball, basket). Pour réussir les tests, il fallait atteindre plus de 90 % de l'autre jambe en force du quadriceps (le muscle de l'avant de la cuisse) et sur 4 tests de sauts sur une jambe. Il fallait aussi plus de 90 sur 100 à 2 questionnaires.
Les résultats :
- parmi les patients revenus à un sport avec pivot avant 9 mois, 39,5 % se sont reblessés au genou, contre 19,4 % de ceux revenus plus tard ;
- 38,2 % des patients qui échouaient à au moins un test se sont reblessés, contre 1 sur 18 (5,6 %) parmi ceux qui avaient tout réussi. Cet écart n'était pas statistiquement significatif (il pourrait être dû au hasard), probablement faute de patients en nombre suffisant ;
- une force du quadriceps plus proche de celle de l'autre jambe était associée à moins de nouvelles blessures.
Pour les auteurs, le délai seul ne suffit pas : même après 9 mois, près d'un patient sur 5 s'est reblessé. Ils plaident pour associer un délai minimal et des critères fonctionnels. Les étapes de la rééducation sont détaillées dans l'article sur le ligament croisé.
Pourquoi faire un bilan avant la reprise ?
Un bilan mesure où vous en êtes (mobilité, force, équilibre, sauts, gestes de votre sport), par rapport au côté non blessé. Il aide à repérer les points encore faibles et à ajuster le programme. Il complète l'avis du médecin, sans le remplacer.
Comment augmenter la charge d'entraînement ?
La charge d'entraînement, c'est la quantité d'effort demandée au corps : durée et nombre de séances, intensité, sauts, contacts. Selon la déclaration de Berne, sa progression est un élément clé de la rééducation et de la décision de reprise. La charge pourrait aussi être liée au risque de nouvelle blessure. En pratique, avancez par paliers, définis avec votre kinésithérapeute :
- un entraînement adapté, puis l'entraînement complet, puis la compétition ;
- une seule nouveauté à la fois : vitesse, sauts, changements de direction ou contacts ;
- après chaque palier, observez la réaction de votre corps, y compris le lendemain.
La douleur sert aussi de repère. Pour une tendinopathie d'Achille (une atteinte du tendon), la déclaration propose par exemple ces repères : une douleur qui ne dépasse pas 5 sur 10 pendant l'activité et se calme d'ici le lendemain matin. La douleur et la raideur ne doivent pas augmenter d'une semaine à l'autre. Pour la course, voyez notre article : reprendre la course à pied après une blessure.
Comment gérer la peur de se reblesser ?
Être prêt physiquement ne suffit pas toujours. Selon la déclaration de Berne, la préparation psychologique compte aussi : la peur de se reblesser, la confiance en ses capacités et la motivation influencent la reprise. Dans la synthèse sur le LCA citée plus haut, une peur moindre de se reblesser était associée à un retour plus fréquent au niveau d'avant la blessure.
Quelques repères :
- parlez de vos craintes à votre médecin et à votre kinésithérapeute : la déclaration recommande d'en tenir compte pendant la rééducation et au moment de la reprise ;
- des questionnaires peuvent aider le soignant à évaluer cette préparation, comme l'échelle ACL-RSI après une blessure du LCA.
Quand consulter ?
Pendant la reprise, consultez votre médecin en cas de :
- douleur qui revient ou augmente au fil des séances, malgré une charge réduite ;
- gonflement de l'articulation ou de la zone blessée après l'effort ;
- sensation d'instabilité, articulation qui se dérobe ou se bloque ;
- douleur au repos ou la nuit, ou boiterie ;
- nouveau traumatisme, surtout avec un craquement ou un gonflement rapide.
Attention : une douleur dans la poitrine, un essoufflement anormal ou un malaise pendant l'effort imposent d'arrêter immédiatement et d'appeler les secours.
En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).
Au cabinet CR Santé
Au cabinet CR Santé, au centre de Grasse, Nicolas Rossi, masseur-kinésithérapeute, propose le bilan de dépistage du sportif : il fait le point sur la mobilité, la force, l'équilibre et le geste, pour construire un programme de prévention. Ce bilan se fait sans prescription, coûte 80 € et n'est pas remboursé par l'Assurance Maladie ; il ne remplace pas l'avis du médecin. Le cabinet propose aussi une analyse vidéo de la course sur son tapis de course, vue de dos et de profil. La rééducation après une blessure se fait sur prescription médicale, avec carte Vitale et tiers payant ; pour en savoir plus, consultez la page sur le bilan de dépistage du sportif.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il attendre avant de reprendre le sport ?+
Il n'existe pas de délai valable pour tous. La reprise dépend de la blessure, de critères comme la douleur, la mobilité, la force et les tests, et de l'avis de votre médecin.
Peut-on reprendre le sport avec une légère douleur ?+
Cela dépend de la blessure. Pour une tendinopathie d'Achille, la déclaration de Berne admet une douleur jusqu'à 5 sur 10 pendant l'effort, si elle se calme d'ici le lendemain matin et n'augmente pas d'une semaine à l'autre. Demandez conseil à votre médecin ou à votre kinésithérapeute.
Le bilan de dépistage du sportif remplace-t-il l'avis du médecin ?+
Non. Il fait le point sur la mobilité, la force, l'équilibre et le geste, pour repérer les points faibles et construire un programme de prévention. Pour décider de la reprise après une blessure, demandez l'avis de votre médecin.
Sources
- 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern, British Journal of Sports Medicine, 2016 (nouvel onglet)
- Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study, British Journal of Sports Medicine, 2016 (nouvel onglet)
- Fifty-five per cent return to competitive sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery: an updated systematic review and meta-analysis including aspects of physical functioning and contextual factors, British Journal of Sports Medicine, 2014 (nouvel onglet)
- Critères de suivi en rééducation et d'orientation en ambulatoire ou en SSR après ligamentoplastie du croisé antérieur du genou, Haute Autorité de santé, 2008 (nouvel onglet)
- Déchirure musculaire : traitement, évolution, prévention, Assurance Maladie, 2024 (nouvel onglet)
Article d'information générale, rédigé à partir des sources citées : il ne remplace pas l'avis de votre médecin ni une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).



