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Sport

Rupture du ligament croisé antérieur (LCA) : la rééducation étape par étape

Par l'équipe du cabinet CR SantéPublié le 6 min de lecture

Un praticien examine la jambe d'un homme allongé sur une table

La rupture du ligament croisé antérieur (LCA) est une blessure grave du genou, qui survient souvent lors de sports avec pivot comme le football, le rugby ou le ski. Elle ne conduit pas toujours à une opération, mais elle demande toujours une rééducation sérieuse et progressive. Voici comment elle survient, comment se décide une opération, et comment se déroulent la rééducation et le retour au sport.

Comment se rompt le ligament croisé antérieur ?

Le LCA est l'un des deux ligaments croisés, au centre du genou. Avec les autres ligaments, il assure la stabilité de l'articulation. Il se rompt le plus souvent lors d'une torsion du genou, la jambe en appui au sol, par exemple lors d'un pivot. Il peut aussi céder lors d'une hyperextension (le genou va au-delà de sa position tendue, comme lors d'un tir dans le vide) ou d'un choc direct.

Les signes habituels sont :

  • un craquement au moment de l'accident ;
  • une sensation de déboîtement : le genou « part » sur le côté puis revient en place ;
  • un gonflement du genou et une impression d'instabilité ;
  • parfois une boiterie, ou une impossibilité de s'appuyer sur la jambe.

Ces signes ne sont pas toujours présents, et la douleur peut rester modérée malgré une lésion grave.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Le diagnostic est médical. Il repose surtout sur le récit de l'accident et sur l'examen du genou : le médecin recherche une laxité (un « jeu » anormal du genou), notamment par la manœuvre de Lachman. Une radiographie peut être demandée pour écarter une fracture ou un arrachement osseux. Selon les situations, une IRM (imagerie par résonance magnétique) précise l'état des ligaments, des ménisques et du cartilage.

Faut-il toujours opérer ?

Non. Pour la Haute Autorité de santé (HAS), toute lésion du LCA ne nécessite pas une reconstruction chirurgicale. Le critère principal est l'instabilité fonctionnelle, c'est-à-dire un genou qui se dérobe dans les gestes du quotidien ou du sport. La décision tient aussi compte :

  • de votre âge ;
  • de votre sport et de votre niveau, surtout en cas de pivots ;
  • de l'importance de la laxité ;
  • des lésions associées, en particulier d'un ménisque (le coussinet situé entre le fémur et le tibia) ;
  • de vos contraintes professionnelles.

L'opération, appelée ligamentoplastie, reconstruit le ligament avec une greffe prélevée sur un tendon du patient. Elle n'est pas urgente : la HAS juge souhaitable de la différer pour limiter des complications comme la raideur ou la phlébite (un caillot dans une veine), sauf cas particuliers, par exemple certaines lésions du ménisque.

Dans un essai mené chez 121 jeunes adultes actifs, une rééducation structurée, suivie d'une chirurgie seulement si nécessaire, a donné à 2 et 5 ans des résultats comparables à une chirurgie précoce, d'après les questionnaires des patients. Environ la moitié des patients du groupe rééducation avaient toutefois été opérés au bout de 5 ans. La revue Cochrane qui analyse cet essai juge ces preuves de faible qualité : une seule étude, exposée à des biais. La décision se prend donc au cas par cas, avec le chirurgien.

Comment se déroule la rééducation ?

Il n'existe pas de programme type : la rééducation s'adapte à vos lésions, à la technique chirurgicale et à vos objectifs. La HAS décrit plusieurs étapes.

Avant l'opération

Quand elle est possible, la rééducation préopératoire vise à diminuer la douleur et le gonflement, à retrouver la mobilité du genou et à renforcer les muscles de la jambe. Elle permet aussi d'apprendre les exercices des premiers jours.

Juste après l'opération

La rééducation commence dès le réveil. Les objectifs sont de diminuer la douleur, de prévenir les troubles circulatoires, de retrouver l'extension (genou tendu) et la flexion, d'obtenir le verrouillage actif du genou tendu et de retrouver votre autonomie.

Les semaines et les mois suivants

Le travail porte ensuite sur :

  • une mobilité complète, comparée à l'autre genou ;
  • le contrôle actif du genou et sa stabilité ;
  • le renforcement des muscles, y compris ceux de l'autre jambe ;
  • des exercices de plus en plus proches de vos activités : escaliers, sauts, puis course.

Sans opération, la rééducation poursuit les mêmes buts : un genou mobile, fort et stable. Un suivi permet de repérer une instabilité qui ferait discuter une intervention.

Quand reprendre le sport ?

La date ne suffit pas : la reprise se décide sur des critères. Selon la HAS, les sports individuels reprennent, sur consigne du chirurgien, quand le genou est sec (sans épanchement de liquide), stable et non douloureux, que sa mobilité est fonctionnelle et que la force est récupérée. Les sports avec pivot (football, basket, handball) viennent en dernier.

Une étude de suivi de 106 patients opérés, publiée dans le British Journal of Sports Medicine, donne des repères :

  • le risque de nouvelle blessure du genou diminuait d'environ moitié pour chaque mois d'attente supplémentaire, jusqu'à 9 mois après l'opération ;
  • les patients revenus à un sport avec pivot avant 9 mois se sont reblessés environ deux fois plus souvent que ceux revenus plus tard ;
  • une force du quadriceps (le muscle de l'avant de la cuisse) proche de celle de l'autre jambe était associée à moins de nouvelles blessures.

Des tests de force, de sauts sur une jambe et des questionnaires guident la décision, prise avec le chirurgien et le kinésithérapeute. Pour la course, voyez notre article : reprendre la course à pied après une blessure.

Peut-on prévenir une rupture ?

En partie. Une recommandation américaine de 2023 conseille aux sportifs des programmes d'exercices de prévention, qui réduisent d'environ moitié le risque de rupture du LCA dans les synthèses d'études. Pour cela, ils doivent :

  • associer plusieurs types d'exercices : renforcement, sauts (pliométrie), contrôle de la hanche et du genou ;
  • être pratiqués plusieurs fois par semaine, avec des séances de plus de 20 minutes ;
  • commencer avant la saison et se poursuivre toute la saison, avec une bonne régularité.

Ils concernent tous les jeunes sportifs, surtout de 12 à 25 ans, dans les sports à risque (football, basket, rugby, ski). Après une ligamentoplastie, ce type de programme peut aussi être proposé en fin de rééducation.

Quand consulter ?

Après un traumatisme du genou, consultez un médecin le jour même si les signes sont inquiétants : craquement, gonflement, sensation de déboîtement, genou qui se dérobe, impossibilité de s'appuyer sur la jambe. Si la gêne est très modérée, sans instabilité ni déboîtement, consultez votre médecin traitant si elle persiste après 1 à 2 jours.

Après une ligamentoplastie, contactez rapidement votre chirurgien en cas de :

  • fièvre au-dessus de 38 degrés ;
  • douleur au repos qui augmente ;
  • chaleur ou rougeur du genou, ou problème de cicatrisation ;
  • difficulté persistante à plier ou à tendre le genou.

Attention : un mollet douloureux, gonflé ou chaud doit faire penser à une phlébite et faire consulter sans attendre. Un essoufflement, une douleur brutale dans la poitrine ou un malaise peuvent révéler une embolie pulmonaire : appelez immédiatement les secours.

En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).

Au cabinet CR Santé

Au cabinet CR Santé, au centre de Grasse, la rééducation du genou se fait sur prescription médicale, avec carte Vitale et tiers payant. Nicolas Rossi et Célia Gabet, masseurs-kinésithérapeutes, comptent le sport parmi leurs domaines de pratique. Le cabinet, dont l'accès est facilité pour les personnes à mobilité réduite, dispose d'un espace de cardio-training et de musculation, et les séances peuvent aussi avoir lieu à domicile dans le centre de Grasse. Pour en savoir plus, consultez la page sur la kinésithérapie du sport.

Questions fréquentes

Faut-il se faire opérer rapidement après une rupture du LCA ?

En général, non. La HAS indique qu'une chirurgie précoce n'est pas une nécessité et qu'il est souhaitable de la différer, sauf cas particuliers. La décision se prend avec le chirurgien.

Combien de temps dure la rééducation après une ligamentoplastie ?

Plusieurs mois. Il n'existe pas de programme type : la rééducation progresse par étapes, selon l'évolution du genou et les consignes du chirurgien.

Les programmes de prévention sont-ils utiles ?

Oui. Dans les synthèses d'études, les programmes d'exercices de prévention réduisent d'environ moitié le risque de rupture du LCA chez les sportifs, à condition d'être suivis régulièrement.

Sources

  1. Prise en charge thérapeutique des lésions méniscales et des lésions isolées du ligament croisé antérieur du genou chez l'adulte, Haute Autorité de santé, 2008 (nouvel onglet)
  2. Critères de suivi en rééducation et d'orientation en ambulatoire ou en SSR après ligamentoplastie du croisé antérieur du genou, Haute Autorité de santé, 2008 (nouvel onglet)
  3. Symptômes et bilan d'une entorse du genou, Assurance Maladie, 2026 (nouvel onglet)
  4. Surgical versus conservative interventions for treating anterior cruciate ligament injuries, Cochrane, 2016 (nouvel onglet)
  5. Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study, British Journal of Sports Medicine, 2016 (nouvel onglet)
  6. Exercise-Based Knee and Anterior Cruciate Ligament Injury Prevention: Clinical Practice Guidelines Linked to the International Classification of Functioning, Disability and Health From the Academy of Orthopaedic Physical Therapy and the American Academy of Sports Physical Therapy, Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2023 (nouvel onglet)

Article d'information générale, rédigé à partir des sources citées : il ne remplace pas l'avis de votre médecin ni une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).