La luxation de la rotule touche surtout des personnes jeunes et actives, souvent lors d'une torsion du genou pendant le sport. Elle peut laisser un genou instable. Voici comment la reconnaître, la traiter et la rééduquer avant de reprendre le sport.
Qu'est-ce qu'une luxation de la rotule ?
La rotule est un os en forme de lentille, à l'avant du genou. Elle participe à l'extension du genou : le tendon du quadriceps la relie au muscle principal de la cuisse, et le tendon rotulien la relie au tibia. Elle est logée dans une rainure du fémur (l'os de la cuisse), appelée trochlée. Des ligaments la maintiennent, notamment le ligament fémoro-patellaire médial (ou MPFL), du côté interne du genou, qui s'oppose à son déplacement vers l'extérieur.
Il y a luxation quand la rotule sort complètement de son rail, le plus souvent vers l'extérieur. On parle de subluxation quand elle ne sort que partiellement. Les tissus qui la retiennent sont alors lésés, surtout le MPFL. Certaines personnes récupèrent ensuite complètement. D'autres gardent une instabilité : nouvelles luxations, sensation que la rotule « part », douleurs ou gêne qui persistent.
Qui est concerné ?
La luxation survient généralement chez des personnes jeunes et actives, qui tordent leur genou plié alors que le pied reste fixé au sol, comme lors des pivots de nombreux sports. Selon le Manuel MSD, elle touche souvent des adolescentes dont le genou présente une particularité anatomique, comme des ligaments relâchés ou des os légèrement désalignés.
La revue Cochrane évoque comme causes possibles une forme anormale des os du genou, une faiblesse des muscles de la hanche ou du genou, et des tissus trop tendus à l'extérieur du genou. Pour les os, une revue de 50 études retient avec un niveau de preuve élevé :
- une trochlée peu creusée (dysplasie de la trochlée) ;
- une rotule haute, placée plus haut que la normale ;
- un tendon rotulien qui s'attache trop en dehors sur le tibia (distance TA-GT augmentée, mesurée sur l'imagerie).
Quels signes et quels examens ?
Au moment de l'accident, la rotule paraît déplacée sur le côté. Les signes habituels sont :
- une douleur sous la rotule ;
- un genou sensible et souvent gonflé ;
- l'impossibilité de tendre complètement la jambe ;
- parfois, l'impossibilité de marcher.
La rotule peut aussi se remettre en place toute seule, avant même la consultation.
Pourquoi consulter un médecin ?
Même dans ce cas, consultez. Le médecin examine le genou et demande des radiographies sous plusieurs angles, pour rechercher une fracture : la luxation peut abîmer le cartilage (le revêtement lisse de l'articulation) à l'arrière de la rotule, ou arracher un petit morceau du fémur.
Ces lésions sont fréquentes : dans une revue de 40 études, 43,3 % des patients avaient au moins une fracture ostéochondrale (un éclat de cartilage et d'os) après une première luxation. Les auteurs jugent l'IRM (imagerie par résonance magnétique) la plus apte à les repérer ; selon votre situation, votre médecin pourra la demander.
Faut-il opérer ?
Si la rotule est encore déplacée, le médecin la remet doucement en place : c'est la réduction. Le genou est ensuite maintenu par un bandage élastique avec des béquilles, ou par une attelle pendant plusieurs jours s'il est instable. Puis la kinésithérapie aide à restaurer la force musculaire et l'amplitude du genou. Après une première luxation, la prise en charge habituelle est donc non chirurgicale.
Faut-il opérer d'emblée pour éviter les récidives ? La revue Cochrane de 2023 a réuni 10 essais (519 participants). Les nouvelles luxations y étaient moins fréquentes après une opération, mais les données sont de très faible qualité : elles ne suffisent pas à dire quel traitement est plus efficace, et les effets sur la fonction du genou et les complications restent incertains.
Quand la chirurgie se discute-t-elle ?
Selon le Manuel MSD, une réparation chirurgicale peut être nécessaire quand :
- un os est fracturé ;
- le cartilage de l'articulation est lésé ;
- le genou reste instable après le traitement initial, par exemple quand les luxations se répètent.
L'opération peut réparer ou reconstruire les ligaments qui retiennent la rotule, remodeler la trochlée ou déplacer le point d'attache du tendon rotulien sur le tibia. Le choix, qui tient compte de l'anatomie du genou, se fait avec le chirurgien orthopédiste, et une rééducation suit.
Quel est le risque de nouvelle luxation ?
D'après la revue Cochrane, une nouvelle luxation peut toucher jusqu'à 40 % des personnes après une première luxation. Dans une méta-analyse de 17 études (une synthèse statistique de leurs résultats), ce taux était de 33,6 %. Le risque était plus élevé chez les plus jeunes, quand les cartilages de croissance ne sont pas encore fermés, et en cas de dysplasie de la trochlée, de rotule haute ou de distance TA-GT augmentée.
Le risque augmente quand ces facteurs se cumulent. Sans aucun d'entre eux, 7,7 % à 13,8 % des patients refaisaient une luxation selon les études. Avec 2 facteurs, c'était 29,6 % à 60,2 %, et avec 3 facteurs, 70,4 % à 78,5 %.
Comment se déroule la rééducation ?
La rééducation se fait sur prescription médicale, avec un masseur-kinésithérapeute, et s'adapte à votre genou, à votre traitement (avec ou sans opération) et à vos objectifs. Elle associe en général :
- des soins pour calmer la douleur et le gonflement, et retrouver la mobilité ;
- le renforcement du quadriceps (le muscle de l'avant de la cuisse) et des muscles de la hanche ;
- un travail d'équilibre et de contrôle du genou, en appui sur une jambe, puis dans les torsions et les changements de direction ;
- une reprise progressive des efforts, jusqu'aux gestes de votre sport.
Le quadriceps mérite une attention particulière : une revue de 10 études (370 patients) observe souvent une perte de force de ce muscle du côté atteint, avec ou sans opération, parfois jusqu'à 3 ans après la blessure.
Quand reprendre le sport ?
Il n'existe pas de délai valable pour tous. La reprise se décide avec votre médecin, sur des critères : un genou indolore et sans gonflement, une mobilité complète, une force du quadriceps proche de celle de l'autre jambe, un bon contrôle du genou et la confiance. Les sports avec pivots, comme le football ou le handball, viennent en dernier. Les étapes du retour sont détaillées dans l'article sur la reprise du sport.
Quand consulter ?
Après un traumatisme du genou, consultez un médecin sans attendre si :
- le genou paraît déformé, ou la rotule semble rester déplacée ;
- le genou gonfle beaucoup ;
- vous ne pouvez plus tendre la jambe ou marcher ;
- le genou se bloque ;
- la douleur est intense.
Consultez aussi si la rotule s'est remise en place seule. Après une première luxation, reparlez-en à votre médecin traitant si le genou se dérobe ou si la rotule semble « partir » de nouveau.
Attention : ne tentez pas de remettre vous-même la rotule en place, et ne laissez personne le faire, même sur le terrain : c'est un geste médical. En attendant, gardez la jambe dans la position la moins douloureuse, sans vous appuyer dessus.
En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).
Au cabinet CR Santé
Au cabinet CR Santé, au centre de Grasse, la rééducation du genou se fait sur prescription médicale, avec carte Vitale et tiers payant. Nicolas Rossi, responsable de la kinésithérapie (« head physio ») de l'AS Cannes, club de football, et Célia Gabet, kinésithérapeute du club Rugby Grasse, comptent le sport parmi leurs domaines de pratique. Le plateau technique, utilisé quand il est indiqué, comprend notamment un espace de cardio-training et de musculation. Nicolas Rossi propose aussi un bilan de dépistage du sportif, sans prescription (80 €, non remboursé par l'Assurance Maladie), qui ne remplace pas l'avis du médecin ; pour en savoir plus, consultez la page sur la kinésithérapie du sport.
Questions fréquentes
Peut-on remettre soi-même sa rotule en place ?+
Non. La remise en place est un geste médical : ne forcez pas et ne laissez personne le faire. Si la rotule s'est remise en place seule, consultez quand même un médecin, qui recherchera une fracture.
Faut-il se faire opérer après une première luxation de la rotule ?+
Le plus souvent, non. La prise en charge habituelle est non chirurgicale, avec une rééducation. L'opération se discute surtout en cas de fracture ou de lésion du cartilage, ou si le genou reste instable après le traitement. La décision se prend avec le chirurgien.
Le risque de nouvelle luxation est-il élevé ?+
Il est réel. Dans une méta-analyse de 17 études, 33,6 % des patients ont refait une luxation après une première luxation. Le risque est plus élevé chez les plus jeunes et en cas de particularités anatomiques du genou.
Sources
- Traitements chirurgicaux ou non chirurgicaux : lequel est le plus efficace pour traiter les personnes atteintes d'une luxation de la rotule du genou ?, Cochrane, 2023 (nouvel onglet)
- Luxations de la rotule, Manuels MSD pour le grand public, 2025 (nouvel onglet)
- Factors Associated With an Increased Risk of Recurrence After a First-Time Patellar Dislocation: A Systematic Review and Meta-analysis, The American Journal of Sports Medicine, 2020 (nouvel onglet)
- Trochlea dysplasia, increased TT-TG distance and patella alta are risk factors for developing first-time and recurrent patella dislocation: a systematic review, Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 2023 (nouvel onglet)
- MRI as the optimal imaging modality for assessment and management of osteochondral fractures and loose bodies following traumatic patellar dislocation: a systematic review, Knee Surgery, Sports Traumatology, Arthroscopy, 2023 (nouvel onglet)
- Is There a Strength Deficit of the Quadriceps Femoris Muscle in Patients Treated Conservatively or Surgically after Primary or Recurrent Patellar Dislocations? A Systematic Review and Meta-Analysis, Journal of Clinical Medicine, 2024 (nouvel onglet)
Article d'information générale, rédigé à partir des sources citées : il ne remplace pas l'avis de votre médecin ni une consultation. En cas d'urgence, appelez le 15 (ou le 112).



